ICI LA JUNGLE (Ou presque...)

Ce blog concerne le voyage en Bolivie et au Pérou que j'ai effectué de mars 2006 à décembre 2008. Vous y trouverez des récits, des commentaires et des photos, qui je l'espère vous aideront à (re)découvrir ce fantastique continent.

Nom :
Lieu : Aquitaine, 64, France

30 août 2006

30/08 - Les Avides Aventuriers

30/08/06 - La Paz, Bolivie.
Voilà quelques jours qu'une expédition à caractère anthropologique est partie en plein coeur du Parc National Madidi, en Bolivie. L'argentin Pablo Cingolani espère y rencontrer la légendaire tribu des Toromonas, qui y vivraient reclus depuis quatre siècles.


Le Parc National Madidi est considéré comme l'un des plus riches en biodiversité de la planète. Ses 1,9 millions d'hectares couvrent des milieux écologiques bien diversifiés: la cordillière d'Apolobamba et ses glaciers, des forêts tropicales humides, sèches, des pampas... Cette région du globe est tellement dense et isolée qu'elle occulte encore de nombreux trésors, qu'ils soient pré-incaïques, pétrolifères, ou anthropologiques. Il existerait en effet une tribu connue sous le nom de Toromonas, qui ayant fui l'invasion des colons espagnols s'y serait réfugiée pour vivre de et avec la forêt. Plusieurs communautés quetchua vivent à l'intérieur du Parc, certaines plus proches que d'autres du territoire des Toromonas. Mais depuis plusieurs siècles, il n'existe aucune histoire contant la rencontre inopinée avec l'un de ses membres; les seuls éléments pouvant prouver leur existence sont des restes de campements sommaires, des traces de pas étrangement petites, et des flèches brisées. A n'en point douter et selon les villageois de la région, ces flèchent visent à interdire l'entrée de leur territoire à tout intrus, sous peine de mort.
En 1997 un ingénieur agronome norvégien, Lars Hafskjold, à décidé de partir dans la jungle à la recherche des Toromonas. Il n'en est jamais ressorti. Le périodiste et historien argentin Pablo Cingolani, qui n'en est pas à sa première tentative, a de nouveau décidé contre vents et marées de "découvrir" cette tribu légendaire. Son expédition a démarré le 19 août 2006 et se compose, entre autres, du photographe argentin Marcelo Decoud, invité comme représentant de la Commission Interparlementaire Latino-américaine de l'Environnement, du Colonel Olver Flores, du Régiment d'Infanterie d'Apolo, et de Pablo Galfré, un étudiant en antropologie.
Il va sans dire que leurs objectifs affichés sont d'une noblesse à toute épreuve, d'une part pour tenter de retrouver Lars Hafskjold, et d'autre part pour s'assurer ou non que les Toromonas ont décidé de s'isoler du monde. Ils veulent, selon les dires de l'étudiant Pablo Galfré, "les institucionaliser comme groupe indigène, et éviter l'ethnocide ou l'aculturation ou l'utilisation par les entreprises".
Il serait opportun de rappeler à nos avides expéditionnaires que les Nations Unies ont décrété en 2003 que l'on ne pouvait forcer le contact avec les peuples en isolement volontaire, que ce soit pour éviter toute contamination contre laquelle leurs organismes n'auraient pas encore développé d'anticorps, ou bien pour leur éviter la superposition de notre mode de vie à des coutumes saines et ancestrales, qui n'aurait pour fin que de tuer sinon l'authenticité de leur culture, leur peuple.

Preuve en est que les peuples indigènes boliviens ne sont pas dupes, l'expédition de Pablo Cingolani a été rejetée il y a quelques jours par les communautaires du village de San Fermin, qui aurait du servir de camp de base... La bataille continue.


Remarque: j'ai écrit cet article pour "Indymedia", un journal internet en libre accès et libre publication. Cette authentique expédition d'aventure ne se passe pas (pour moi) à l'autre bout du monde, puisque juste à "quelques" kilomètres du village de Tuichi. Le territoire des Toromonas commence non loin du lieu où j'accompagnai il y a 2 mois les communautaires à l'expédition pour planter de nouveaux pieds d'encens. Je connais le colonel Flores, c'est un rustre embourgeoisé qui passe son temps à boire des bières avec ses officiers en parlant un anglais basique... tout en racontant qu'il est parti au Congo avec les Nations Unies, etc... Quant à Pablo Cingolani, j'ai entendu dire que c'est un arriviste qui ne manque pas une occasion de se faire mousser. Jetez un coup d'oeil sur un de ses sites: www.phfawcettsweb.org/pablo.htm, il se prend pour le dauphin du grand explorateur Fawcett... Il a vraiment des contacts partout et c'est pour ca que le gouvernement et d'autres organismes "le soutiennent".
J'attends des nouvelles fraîches pour savoir ce qui s'est passé après qu'ils se soient faits virer de San Fermin... a+

30/08 - Les Avides Aventuriers

30/08/06 - La Paz, Bolivie.
Voilà quelques jours qu'une expédition à caractère anthropologique est partie en plein coeur du Parc National Madidi, en Bolivie. L'argentin Pablo Cingolani espère y rencontrer la légendaire tribu des Toromonas, qui y vivraient reclus depuis quatre siècles.


Le Parc National Madidi est considéré comme l'un des plus riches en biodiversité de la planète. Ses 1,9 millions d'hectares couvrent des milieux écologiques bien diversifiés: la cordillière d'Apolobamba et ses glaciers, des forêts tropicales humides, sèches, des pampas... Cette région du globe est tellement dense et isolée qu'elle occulte encore de nombreux trésors, qu'ils soient pré-incaïques, pétrolifères, ou anthropologiques. Il existerait en effet une tribu connue sous le nom de Toromonas, qui ayant fui l'invasion des colons espagnols s'y serait réfugiée pour vivre de et avec la forêt. Plusieurs communautés quetchua vivent à l'intérieur du Parc, certaines plus proches que d'autres du territoire des Toromonas. Mais depuis plusieurs siècles, il n'existe aucune histoire contant la rencontre inopinée avec l'un de ses membres; les seuls éléments pouvant prouver leur existence sont des restes de campements sommaires, des traces de pas étrangement petites, et des flèches brisées. A n'en point douter et selon les villageois de la région, ces flèchent visent à interdire l'entrée de leur territoire à tout intrus, sous peine de mort.
En 1997 un ingénieur agronome norvégien, Lars Hafskjold, à décidé de partir dans la jungle à la recherche des Toromonas. Il n'en est jamais ressorti. Le périodiste et historien argentin Pablo Cingolani, qui n'en est pas à sa première tentative, a de nouveau décidé contre vents et marées de "découvrir" cette tribu légendaire. Son expédition a démarré le 19 août 2006 et se compose, entre autres, du photographe argentin Marcelo Decoud, invité comme représentant de la Commission Interparlementaire Latino-américaine de l'Environnement, du Colonel Olver Flores, du Régiment d'Infanterie d'Apolo, et de Pablo Galfré, un étudiant en antropologie.
Il va sans dire que leurs objectifs affichés sont d'une noblesse à toute épreuve, d'une part pour tenter de retrouver Lars Hafskjold, et d'autre part pour s'assurer ou non que les Toromonas ont décidé de s'isoler du monde. Ils veulent, selon les dires de l'étudiant Pablo Galfré, "les institucionaliser comme groupe indigène, et éviter l'ethnocide ou l'aculturation ou l'utilisation par les entreprises".
Il serait opportun de rappeler à nos avides expéditionnaires que les Nations Unies ont décrété en 2003 que l'on ne pouvait forcer le contact avec les peuples en isolement volontaire, que ce soit pour éviter toute contamination contre laquelle leurs organismes n'auraient pas encore développé d'anticorps, ou bien pour leur éviter la superposition de notre mode de vie à des coutumes saines et ancestrales, qui n'aurait pour fin que de tuer sinon l'authenticité de leur culture, leur peuple.

Preuve en est que les peuples indigènes boliviens ne sont pas dupes, l'expédition de Pablo Cingolani a été rejetée il y a quelques jours par les communautaires du village de San Fermin, qui aurait du servir de camp de base... La bataille continue.


Remarque: j'ai écrit cet article pour "Indymedia", un journal internet en libre accès et libre publication. Cette authentique expédition d'aventure ne se passe pas (pour moi) à l'autre bout du monde, puisque juste à "quelques" kilomètres du village de Tuichi. Le territoire des Toromonas commence non loin du lieu où j'accompagnai il y a 2 mois les communautaires à l'expédition pour planter de nouveaux pieds d'encens. Je connais le colonel Flores, c'est un rustre embourgeoisé qui passe son temps à boire des bières avec ses officiers en parlant un anglais basique... tout en racontant qu'il est parti au Congo avec les Nations Unies, etc... Quant à Pablo Cingolani, j'ai entendu dire que c'est un arriviste qui ne manque pas une occasion de se faire mousser. Jetez un coup d'oeil sur un de ses sites: www.phfawcettsweb.org/pablo.htm, il se prend pour le dauphin du grand explorateur Fawcett...
J'attends des nouvelles fraîches pour savoir ce qui s'est passé après qu'ils se soient faits virer de San Fermin... a+

28 août 2006

18/08 - Magique

Je rentre du "Salar de Uyuni". Cette destination hautement touristique n'en reste pas moins une expérience unique à vivre, tant les paysages visités sortent de l'ordinaire...
Mes compagnons de route étaient Denis et Francoise (son amie colombienne), Bruno et Bastien (un francais rencontré il y a peu). Nous sommes partis de La Paz en bus pour prendre le train à Oruro: destination Uyuni. Ce simple voyage de 6h nous a émerveillés par la richesse du Lac Poopó, traversé en son milieu par la voie ferrée: d'innombrables colonies de flamands roses et de canards y nichent tout au long de l'année, sans compter les mouettes, goélands et autres aigrettes, bécasses, poules d'eau... Un véritable trésor ornithologique qui fait pâlir le Lac Titicaca.
Après l'arrivée nocturne à la gare d'Uyuni, dans le froid et le vacarme des touristes pour la plupart anglophones ou francais, nous nous sommes trouvés un hotel et une agence proposant quelques jours d'expédition en 4x4, c'est-à-dire le même genre de circuit que les 50 autres agences en activité autour du Salar. Notre "tour": 5 jours et 900 km en Land Cruiser, accompagnés de Roman, le pilote, et de Lidia, sa femme et la cuisinière du groupe. Il faut croire que les groupes d'étrangers qui viennent ici ne supportent pas la cuisine bolivienne, car l'agence avait acheté de la nourriture insipide et totalement hors de propos: du riz, des pâtes, des boîtes de conserve de saucisses, de la sauce tomate "chimique", etc... Heureusement que Bruno s'est chargé de changer ces paniers par un pur mélange de produits locaux: des camotés (patates douces), des chuños (patates déshydratées), des uchis (tubercules en forme de carotte bourelées), du choclo (épis de maïs cuis à l'eau), carottes, oignons, ail, et le summum gastronomique du coin: 10 kilos de viande de lama (de la hanche et du dos, les meilleurs morceaux). Les personnes de l'agence n'en revenaient pas, et furent bien contentes d'avoir à leur charge un groupe de touristes différents. Je me suis pour ma part chargé d'acheter les 6 bouteilles de vin qui nous contenteraient chaque soir du voyage...

1er jour: Après une courte visite d'un cimetière de trains à vapeur, héritage de cette ligne de chemins de fer qui a traversé l'Argentine et le Chili pour se terminer à Uyuni, nous partons à l'intérieur du Salar proprement dit, cette étendue de sel la plus grande de la planète par sa planitude. Imaginez-vous au milieu d'un grand rien dont les seuls éléments de décor sont les quelques nuages qui aident à délimiter le ciel de la terre. Un vent froid vous chatouille le nez, vos lunettes de soleil, essentielles, vous permettant de fixer l'aveuglante blancheur omniprésente... Plus loin vous distinguez de petits tas de sel éparpillés de manière homogène, que quelques employés se chargeront de remplir leur camion. Une cholita, vêtue de sa sempiternelle jupe et coiffée de ces deux tresses pas si ancestrales que ca -une tradition espagnole bolivianisée-, creuse et racle à la pelle la couche de sel dure comme de la glace. Le tableau en est presque irréel...
Quelques 10 kilomètres plus loin en direction de notre lieu de repos, le volcan Tunupa, nous décidons de faire une courte pose photographique... l'occasion est trop belle, nous nous dévêtons et la séance de photos de nus peut commencer! Roman et Lidia, depuis le 4x4, n'avaient jamais vu ca.
Le volcan est à 70 km, et il n'y a aucun obstacle visuel... depuis l'altitude du Salar, 3650m, le sommet de son cratère ne paraît pas ses 5400m. L'arrivée en fin d'après-midi en son pied, dans le village de Coqueza, nous permet de nous balader aux abords de la "rive" du lac salé en ne manquant pas de se pâmer, bien sûr, devant un coucher de soleil fabuleux. Nous décidons d'un commun accord de nous lever aux aurores afin de grimper ce monstre de Tunupa et ainsi voir le lever de l'astre sur le blanc du lac.

2ème jour: Cinq heures, pas de Roman ni de Lidia. Nous faisons le tour des maisonnettes en appelant leurs noms, nous réveillons le dueño du logement, aucune trace d'eux. Il manque le 4x4 du deuxième groupe de touristes qui dort encore... Une lumière fixe au milieu du Salar nous intrigue depuis que nous sommes levés, elle finit par s'approcher et se révèle être la voiture manquante, qui rentre dans la cour et s'immobilise à côté de nous: le chauffeur et Roman en sortent complètement ivres, tenants à peine debout, soutenus par Lidia qui tient aussi sa cuite. Roman a 42 ans aujourd'hui... Nous repartons pour finir la nuit. La journée débute tout de même vers neuf heures, et après avoir visité une petite grotte funéraire remplie de chullpas, ces momies pré-incaïques, nous décidons de nous "pirtcher" une boule de coca et de monter aux abords du cratère -5000m d'altitude- "au mépris" du programme organisé; chaque centaine de mètres gravie vers ce géant nous rend encore plus avides de le contempler depuis son rebord. Il est dit selon la légende que sur les pentes du volcan, Atahualpa lacéra la poitrine d'une jeune femme appelée Tunupa, et que le lait qui en sortit créa le Salar...
Après quelques photos, silences et discussions sur l'avenir de l'humanité, nous nous sommes pris au jeu de descendre en courant dans la pente, un régal quand il s'agit de sable et de cailloux! Plus tard au village, le rapide calcul de nos exploits donne un "1200m de dénivelé, 2h15 de montée, 50min de descente". Merci la coca!
La journée n'étant pas terminée, on mange vers 4h et on fonce sur La Isla Del Pescador, complètement recouverte de cactus géants dont le plus élevé mesure 12m50 et est âgé de 1200 ans. Nous y rencontrons Céline, une francaise qui se joint à nous pour le reste de l'expédition. Nous dormons de l'autre côté du Salar dans un hotel (un bâtiment de plain-pied aménagé de plusieurs chambres, construit en adobe) qui nous réserve un accueil des plus sympathiques puisque une bande de gamins nous proposent de jouer une zampoñada. Sur ces airs de flûte de pan et de tambour, une petite m'entraîne à danser et nous voilà partis pour une farandole endiablée avec ces bouts-de-choux qui n'ont pas froid aux yeux! La soirée se déroule tranquillement, et avec Bruno nous essayons de fumer une petite plante séchée que nous avons trouvée sur les flancs du Tunupa. Elle se révèle délicieusement odorante, et les habitants du coin ne la connaissent pas: elle est probablement endémique du volcan et peut avoir servi pour des rituels magiques à l'époque des Lipi Lipi, cette tribu de chasseurs précolombiens qui peuplait les alentours il y a plus de 700 ans. Il habitaient d'ailleurs tout près d'ici, pas loin d'une grotte unique au monde...

3ème jour: Le Salar était encore mer quand les laves d'un volcan commencèrent à l'assécher. Alors fut miraculeusement épargnée, il y a plus de 220 millions d'années, la grotte appelée par ses deux découvreurs "Galaxia". L'un des deux acolytes, Pelagio, nous a guidés parmi ce décor de science-fiction constitué d'algues fossilisées, pendant au plafond comme de vaste chevelures figées par le temps... La découverte date de 2003, et des scientifiques argentins continuent d'en étudier les caractéristiques. La grotte du diable, à quelques mètres de là, révèle une taupinière d'alcôves funéraires creusées à même le sol.
Nous entamons alors notre descente vers le sud, qui nous mènera à la Laguna Colorada, 200 km plus loin, en passant quelques lagunes remplies de flamands roses. On se demande tout de même comment ils peuvent résister à ce froid percant les bonnets, gants et manteaux... Nous entrons progressivement le désert du Silari, une étendue de sable et de pierres à l'aridité comparable à celle du Sahara. Les quelques "prairies" de touffes d'herbes que l'on peut apercevoir semblent difficilement pouvoir satisfaire les groupes de vigognes que l'on croise régulièrement; cette espèce protégée dont la laine a le plus fort pouvoir calorifique du règne animal ne semble pas en voie de disparition... Etrangeté de la Pachamama, l'Arbre de Pierre et ses copines les mégalithes: au milieu de "rien", une sorte de petite forêt de roches de la taille de maisons se détache des montagnes pelées, le vent et le sable se sont chargés de tailler des formes complexes dans ces pierres d'origines volcanique. Par ici des champignons, par là une tête de vautour, le décor une fois de plus fait penser à un studio de cinéma. Nous arrivons au coucher du soleil sur la Laguna Colorada, dont les couleurs rougeâtres dues aux algues et minéraux font penser à une mer de sang.

4ème jour: Le programme débute avec un lever avant l'aube pour avoir le plaisir de voir le soleil apparaître sur les geysers et autres fumerolles, à 1h de là. Je suis resté un petit bout de temps parmi les vapeurs soufrées, fouettées par le vent toujours glacial qui souffle dans ces régions. Il faut bien dire que sans l'afflux touristique, les seules espèces vivantes de cette partie du monde seraient les vigognes et les flamands! Aujourd'hui le 4x4-gringo fait littéralement partie du décor. Délicieuse étape suivante, que je conseille à tous, la baignade dans les eaux thermales (36 degrés) qui jaillissent de l'autre côté de la colline et qui alimentent une autre lagune gigantesque. Le hic, ce sont les quelques 2 degrés de température ambiante, généreusement offerts par le soleil matinal. Du bassin aménagé émergent déjà une dizaine de têtes, nous décidons de nous y mettre aussi, et devinez comment: à poil! Une petite demie-heure de bien-être avant le petit-déjeuner, c'est sacré.
Dans le genre "chaud et froid", ce jour-ci est le plus extrême: nous montons à 4400m pour admirer le Laguna Verde (de couleur émeraude), au pied du volcan Licancabur qui culmine à presque 6000m. Les rafales de vent sont terribles et nous ne restons pas plus de 10 minutes, malgré le tableau époustouflant. Ce volcan abrite une ancienne crypte inca en son sommet, et l'ascension n'étant pas extrêmement compliquée, on se jure avec Bruno d'aller y faire un tour d'ici quelques mois.
Notre route continue dans le désert et nous passons au large des Rocas de Dalí, ces rochers érodés par le vent à la manière de l'Arbre de Pierre. Pourquoi ce nom? Les Espagnols ne s'y sont pas trompés, le contraste avec le sol uni fait penser une de ses oeuvres surréalistes. Le reste de la journée se passe dans le 4x4, et parmi les quelques arrêts nécessaires: une roue crevée, réparée au bord d'une lagune de borax (sorte de farine pulvérulente servant de détergeant naturel, dont je garantis une efficacité supérieure aux produits chimiques); nous arrivons bien plus bas en altitude (3000m) dans un village niché au bord d'une coulée de lave rouge et ocre. La soirée ne ressemble pas à toutes les autres, car malgré une super bouffe et du vin rouge, nous décidons sur l'idée lumineuse de Bruno d'acheter un mouton pour le lendemain! Il est bien sûr vivant quant il arrive dans la cuisine au sol de terre, et je participe avec Bastien, Bruno, Roman et Lidia au tuage-dépecage du bélier. Très instructif!

5ème jour: Ces labyrinthes de lave pétrifiée sont hallucinants. De canyons en crêtes à figures humaines, en passant par les quelques et douteuses peintures rupestres, toujours sur un arrière-plan fait de volcans enneigés, de plaines de lave s'étendant sur des dizaines de kilomètres, nous projette dans un autre temps. Pour rajouter à la mysticité des lieux, une sorte de terrain plat naturel enchassé entre deux murs de lave est rempli de petits monuments funéraires (des chullpas, petites huttes de pierre abritant -autrefois, avant les pillages- des momies). La "cité" est complétée de quelques murets et fenêtres judicieusement imbriqués dans les rebords de lave... Le plus troublant, c'est de savoir que les milliers de kilomètres carrés de coulées de magma qui ont inondé la région sont encore inexplorés, qui peut savoir les trésors pré-incaïques recelés? J'ai moi-même trouvé quelques fragments de céramique dont certains bords sont peints de motifs noirs, et c'était non loin du chemin habituel des touristes!
Notre petit groupe s'entend très bien et nous décidons de ne pas aller voir la Laguna Celeste, à plusieurs dizaines de kilomètres de là, pour ne pas passer la journée en 4x4 et pour profiter des décors de lave. Nous nous arrêtons au bord d'une petite rivière, lieu qui nous a fortement marqués. Premièrement y résident de curieux canards noirs à court bec jaune, dont les monstrueuses et démesurées pattes rouges, sans palme, leurs permettent de marcher sur les algues poussant dans le lit du cours d'eau. Ce sont probablement des oiseaux endémiques de cette rivière, car leurs ailes relativement courtes ne doivent pas supporter leur poids, les empêchant probablement de voler (c'est le fruit d'observations concertées et de tentatives de les faire justement s'envoler, qui nous fait penser ca. J'aimerais bien vérifier l'information, avis aux amis ornithologues!). Deuxièmement, Bastien a emporté une ligne de pêche -du 30 centièmes- avec son hamecon -3cm- dont nous tentons bien sûr de pêcher quelques truites, à l'aide d'un bout de mouton. Résultat: deux pour lui, deux pour moi, en un temps record de 20 minutes! Et la plus grande, de peu, revient à Bastien: 43 cm. Pas la peine de vous apprendre que le repas fut gargantuesque, vous l'aurez compris: un mouton divinement préparé, quatre truites fario sauvages finement panées, accompagnés de 3 sortes de pommes de terre aussi délicieuses que sucrées (pour l'anecdote, sachez qu'il existe en Bolivie plus de 700 races pures de patates).
Ce cinquième jour est vraiment le plus incroyable, nous passons par le lieu qu'ils appellent Villa Italia, toujours des blocs de lave, mais éparpillés à la manière d'un vieux quartier, avec des balcons et des fenêtres; l'ultime étape de notre périple nous est "offerte" par Ramon car très peu fréquentée par les touristes: c'est un canyon énorme, presque invisible depuis la route, que nous descendons à pied par une faille. Un ruisseau au fond vert d'algues serpente tout en bas, et dans ses bras se reflète le soleil qui va sur son couchant. L'eau est tiède, elle est alimentée par plusieurs petites sources thermales disséminées sur son parcours. Je suis obligé, référence à ce que l'on a déjà vécu, de me résoudre à m'y baigner en tenue d'Adam...

Le retour à Uyuni s'est effectué par la route principale, fortement fréquentée de camions d'une mine de cuivre et d'argent avoisinante. Le ciel nous a gratifiés de couleurs "typiques" du somptueux coucher de soleil: jaunes, oranges, rouges, violets, et marrons (oui oui, regardez bien la prochaine fois). Nous sommes arrivés vers 20h, pour prendre le train à minuit, après quelques "té con té" au bistrot de la gare... Le wagon était entier pour nous!

Plusieurs jours après le retour du Salar je reste encore plein de magie dans les yeux, tant ce voyage nous a changés. La Bolivie recèle des paysages d'une variété insoupconnable, que ce soit dans la richesse végétale et animale, comme par exemple où je vais vivre, ou bien dans l'expression de la force brute des éléments, vent, minéraux, froid, et absence d'atmosphère qui confère le sacré aux ciels nocturnes incendiés d'étoiles.

24 août 2006

23/08 - Infos express

Je suis de retour à La Paz après un tour au Salar de Uyuni (5 jours), et un trek, celui d'El Choro (3 jours). Je suis en train d'écrire les résumés de ces expéditions, ils seront publiés très prochainement...
D'un autre côté je suis toujours dans les papiers pour mon visa "à plus long terme", ce qui n'est pas aussi difficile qu'il n'y paraît car les administrations de la Police et d'Interpol fonctionnent étonnamment bien pour ce genre de paperasse. Je vais peut-être avoir le droit d'y rester 2 ans!
Mes projets sont au beau fixe, j'irai voir les mines d'or avec mon appareil d'ici mon retour vers Tuichi: il se peut que j'y aille par la voie pédestre en traversant un bout de la cordillière (des Andes, à cet endroit: Apolobamba), qui représenterait quelques 12 jours de marche sur des anciens chemins incas, et en passant à 5000m d'altitude... j'en rêve déjà!