ICI LA JUNGLE (Ou presque...)

Ce blog concerne le voyage en Bolivie et au Pérou que j'ai effectué de mars 2006 à décembre 2008. Vous y trouverez des récits, des commentaires et des photos, qui je l'espère vous aideront à (re)découvrir ce fantastique continent.

Nom :
Lieu : Aquitaine, 64, France

30 août 2006

30/08 - Les Avides Aventuriers

30/08/06 - La Paz, Bolivie.
Voilà quelques jours qu'une expédition à caractère anthropologique est partie en plein coeur du Parc National Madidi, en Bolivie. L'argentin Pablo Cingolani espère y rencontrer la légendaire tribu des Toromonas, qui y vivraient reclus depuis quatre siècles.


Le Parc National Madidi est considéré comme l'un des plus riches en biodiversité de la planète. Ses 1,9 millions d'hectares couvrent des milieux écologiques bien diversifiés: la cordillière d'Apolobamba et ses glaciers, des forêts tropicales humides, sèches, des pampas... Cette région du globe est tellement dense et isolée qu'elle occulte encore de nombreux trésors, qu'ils soient pré-incaïques, pétrolifères, ou anthropologiques. Il existerait en effet une tribu connue sous le nom de Toromonas, qui ayant fui l'invasion des colons espagnols s'y serait réfugiée pour vivre de et avec la forêt. Plusieurs communautés quetchua vivent à l'intérieur du Parc, certaines plus proches que d'autres du territoire des Toromonas. Mais depuis plusieurs siècles, il n'existe aucune histoire contant la rencontre inopinée avec l'un de ses membres; les seuls éléments pouvant prouver leur existence sont des restes de campements sommaires, des traces de pas étrangement petites, et des flèches brisées. A n'en point douter et selon les villageois de la région, ces flèchent visent à interdire l'entrée de leur territoire à tout intrus, sous peine de mort.
En 1997 un ingénieur agronome norvégien, Lars Hafskjold, à décidé de partir dans la jungle à la recherche des Toromonas. Il n'en est jamais ressorti. Le périodiste et historien argentin Pablo Cingolani, qui n'en est pas à sa première tentative, a de nouveau décidé contre vents et marées de "découvrir" cette tribu légendaire. Son expédition a démarré le 19 août 2006 et se compose, entre autres, du photographe argentin Marcelo Decoud, invité comme représentant de la Commission Interparlementaire Latino-américaine de l'Environnement, du Colonel Olver Flores, du Régiment d'Infanterie d'Apolo, et de Pablo Galfré, un étudiant en antropologie.
Il va sans dire que leurs objectifs affichés sont d'une noblesse à toute épreuve, d'une part pour tenter de retrouver Lars Hafskjold, et d'autre part pour s'assurer ou non que les Toromonas ont décidé de s'isoler du monde. Ils veulent, selon les dires de l'étudiant Pablo Galfré, "les institucionaliser comme groupe indigène, et éviter l'ethnocide ou l'aculturation ou l'utilisation par les entreprises".
Il serait opportun de rappeler à nos avides expéditionnaires que les Nations Unies ont décrété en 2003 que l'on ne pouvait forcer le contact avec les peuples en isolement volontaire, que ce soit pour éviter toute contamination contre laquelle leurs organismes n'auraient pas encore développé d'anticorps, ou bien pour leur éviter la superposition de notre mode de vie à des coutumes saines et ancestrales, qui n'aurait pour fin que de tuer sinon l'authenticité de leur culture, leur peuple.

Preuve en est que les peuples indigènes boliviens ne sont pas dupes, l'expédition de Pablo Cingolani a été rejetée il y a quelques jours par les communautaires du village de San Fermin, qui aurait du servir de camp de base... La bataille continue.


Remarque: j'ai écrit cet article pour "Indymedia", un journal internet en libre accès et libre publication. Cette authentique expédition d'aventure ne se passe pas (pour moi) à l'autre bout du monde, puisque juste à "quelques" kilomètres du village de Tuichi. Le territoire des Toromonas commence non loin du lieu où j'accompagnai il y a 2 mois les communautaires à l'expédition pour planter de nouveaux pieds d'encens. Je connais le colonel Flores, c'est un rustre embourgeoisé qui passe son temps à boire des bières avec ses officiers en parlant un anglais basique... tout en racontant qu'il est parti au Congo avec les Nations Unies, etc... Quant à Pablo Cingolani, j'ai entendu dire que c'est un arriviste qui ne manque pas une occasion de se faire mousser. Jetez un coup d'oeil sur un de ses sites: www.phfawcettsweb.org/pablo.htm, il se prend pour le dauphin du grand explorateur Fawcett... Il a vraiment des contacts partout et c'est pour ca que le gouvernement et d'autres organismes "le soutiennent".
J'attends des nouvelles fraîches pour savoir ce qui s'est passé après qu'ils se soient faits virer de San Fermin... a+