Ceci est un texte écrit par Bruno, la personne que j'ai rencontré et qui vit parmi les indiens depuis de nombreuses années. Avis aux amateurs.
Aux amis de la communauté tribale quechua de Tuichi (Haute Amazonie Bolivienne) Le centre de Recherches en Agroécologie forestière de notre communauté indienne, dont le but global et final est la sauvegarde de notre bout de forêt amazonienne et des meilleures valeurs indiennes de vie en harmonie avec la forêt et le fleuve, représente pour nous tous une lueur d'espoir dans ce monde où la seule valeur proposée est la rentabilité financière.
Or rentabilité financière équivaut trop souvent à la destruction des milieux naturels ou des sociétés traditionnelles.
Que faire de cet argent qui coule à flot dans les pays riches ? Je vous propose d'investir le vôtre dans la protection de ce qui reste de la forêt amazonienne et de la vie indienne authentique, une bonne manière de donner quelques chances de survie aux générations futures, qui nous prêtent une Terre que nous avons à leur rendre dans un état au moins aussi bon que celui dans lequel nous l'avons reçu. Cette notion de coresponsabilité globale à travers le temps et l'espace, vis-à-vis de tous les êtres vivants de notre belle planète, notion qui va de soi chez les peuples animistes, commence à pénétrer nos mentalités occidentales et à opérer une grande révolution.
Que faisons-nous dans ce centre de recherches ? D'abord, cela n'a rien à voir avec un centre classique. Pas de bureaux, ni de chercheurs. La direction est assumée par le conseil communautaire. L'administration est réduite à quelques dossiers sans valeur. L'essentiel est dans la mémoire de chacun de nous.
La transmission des expériences aux autres indiens se fait oralement et lors des visites qu'ils font à nos parcelles expérimentales, dispersées sur tout notre territoire.
Nous publions nos résultats surtout pour les indiens, pas pour les experts boliviens ou étrangers qui complèteront une thèse ou une publication savante qui ne reviendra jamais aux premiers intéressés : les indiens.
Je cherche à vous proposer une manière ludique et déculpabilisante de rendre aux Amérindiens ce qu'on leur a pris : leur liberté, leur nature, leur culture.
Par exemple, parrainer un arbre : vous donnez au centre la somme d'argent que vous pouvez, avec cela nous semons, plantons, et entretenons des arbres fruitiers un peu partout sur notre territoire. Peu à peu se créent ainsi des parcours de récolte aux différentes saisons, qui nous permettent de diminuer chaque année l'emprise prédatrice de chaque famille sur la forêt, et donc d'augmenter la surface forestière.
Dans les clairières, nous plantons ou semons quelques arbres fruitiers. Nous incluons ce futur petit bosquet fruitier dans nos parcours et chaque année nous passons nettoyer à la machette les alentours des plants, pour éviter qu'ils ne soient étouffés.
Trois ou quatre ans plus tard, nous commençons à récolter les premiers fruits. Ce surcroît d'aliments nous évite de devoir défricher autant de forêt primaire ou secondaire pour produire riz, haricot, maïs, manioc, etc. L'excédent de fruits nourrira singes, pécaris et oiseaux?
Les fruits se mangeant crus, c'est autant de bois en moins que nous brûlons pour cuire notre nourriture, de casseroles en alu utilisées, etc.
Adoptant ce mode de vie essentiellement frugivore et crudivore en Amazonie et ailleurs, une population humaine peut devenir très nombreuse sans entamer en rien le capital forestier. L'actuelle surpopulation devient un faux problème, tous les besoins de l'être humain s'en trouvent remis en question.
Et vous, ne croyez pas que vous vous en tirerez juste en donnant une aumône aux indiens. Vous allez, par un acte solidaire, recréer du vivant, du beau et du bon chez vous. Vous allez semer ou planter un arbre fruitier, dans votre jardin, ou si vous n'en avez pas, chez un ami ou dans un endroit sûr. Cet arbre sera le frère de l'arbre que nous aurons planté en haute Amazonie, et ils chanteront ensemble l'Internationale des Arbres Fruitiers.
Imaginez un instant que partout sur terre, on abandonne la monoculture céréalière, le labour, le travail des champs, les élevages intensifs, et que ces gigantesques surfaces soient reconverties à ce que j'appelle la permaculture arborée : un joyeux mélange harmonieux d'arbres, de lianes, de buissons, de plantes bisannuelles et annuelles : une forêt à tous usages : bois, bambou, liens, tissus, fruits, oléagineux, graines, légumes, racines, tubercules, algues, plantes fourragères médicinales et mellifères, etc.
Cultiver et vivre deviennent un jeu permanent. Avec des adaptations, c'est possible dans tous les climats tempérés, subtropicaux et tropicaux. Quelle révolution ! Commençons de suite, partout. Plus besoin d'Etat, la seule structure sociétale qui reste est la tribu et le clan.
J'imagine, je rêve que ce mode de vie, que nous commençons en Amazonie, et que d'autres ont commencé ailleurs sur tous les continents, fasse tâche d'huile sur toute la planète et prenne le relais de l'actuelle syphilisation mondiale qui vit ses dernières années, en entraînant hélas avec elle dans sa chute des pans entiers de la nature et de l'humanité.
Nous ne nous en sortirons qu'en nous mettant à la tâche de suite. Et en plus, c'est marrant ! Alors qu'attendons nous ?
Bruno De Roissart
http://bruno.deroissart.free.fr/